Exposition d'Alison McCreesh à Prince-de-Galles : À la croisée techno

16 avril 2014
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Une pièce murale, sans titre au moment de la photographie, représentative de l'esthétique d'Alison McCreesh et de la thématique de l'exposition Muffled.

Une pièce murale, sans titre au moment de la photographie, représentative de l'esthétique d'Alison McCreesh et de la thématique de l'exposition Muffled.

Le Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles présente du 24 avril au 30 septembre l'exposition Muffled d'Alison McCreesh, aquarelles et pièces murales textiles.
Originaire du Saguenay, Alison McCreesh s'est rapidement fait connaître comme artiste visuelle dans le Nord, multipliant les supports tout en conservant une esthétique distinctive. « Nous sommes chanceux d'avoir autant de bons artistes à Yellowknife, affirme le spécialiste des médias, George Lessard, mais la profondeur de la perception du Nord d'Alison et la vitesse à laquelle elle a capturé l'essence de la vie ici pour en développer sa propre vision est absolument fantastique. »
Avec Muffled (Feutré, en français), Alison McCreesh développe plus avant le corpus d'œuvres murales textiles proposé en 2013 à la Tohu (Montréal) lors de l'exposition Cliché de deux Nord. Le titre recèle une double signification; il réfère en premier lieu aux sons étouffés. « À cause de la distance, de dire Alison McCreesh, peut-être à cause du faible poids électoral de sa population, on sait peu au Sud ce qui se passe dans le Nord. » Dans un deuxième temps, le titre fait allusion à la technique utilisée : le feutrage de la laine. Celle-ci est travaillée avec de l'eau pour agglomérer ses fibres et lui donner des textures. « Le feutre est doux et chaud, il s'apparente bien au Nord, de dire Alison, qui travaillait déjà le textile lors de ses années de baccalauréat. Les Inuits utilisent le feutrage pour la décoration de vêtements et des pièces murales figuratives de petites dimensions. »

Thématique
Rencontrée dans son atelier du Yelllowknife Artist Run Community Centre (Yk ARCC), Alison McCreesh était encore à finaliser les pièces pour son exposition, qui comprendra une dizaine d'aquarelles et une vingtaine d'œuvres murales textiles. Le fil conducteur, explique l'artiste, est la rencontre, dans l'Arctique de l'Est, entre la tradition et la contemporanéité. « Parfois ça s'entrechoque, des fois ça se mélange. Pense à ces adolescents avec un iPod et des kamiks [des bottes traditionnelles], ou encore ces photos de phoques sur Instagram. » Pour l'artiste, l'exemple ultime de la cohésion entre nouvelles technologies et mode de vie traditionnel, c'est peut-être cette histoire de Selfie/Sealfie. Il y a quelques mois, un égoportrait d'Ellen Degeneres et de plusieurs acteurs avait été commandité par Samsung pour la somme de 1,5 M$. Ellen Degeneres avait alors remis cette somme à la Humane Society of United States, qui milite contre la chasse aux phoques. Les Inuits ont répondu à l'organisme et à l'actrice en utilisant la même technologie et en jouant sur les analogies phonétiques des mots (self : soi; seal: phoque). « Et ils l'ont fait de manière intelligente et articulée » note Alison McCreesh, qui remarque au passage que les nouvelles technologies brisent l'isolement des populations de l'Arctique.
C'est donc cette mixité entre tradition et modernité qui est représentée dans une série de clichés — McCreesh endosse le caractère péjoratif du terme — du quotidien arctique : des cabanes avec des coupoles de satellite, des enfants jouant devant des conteneurs d'expédition, etc.