Poésie : À cette terre:

12 mars 2015
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Je suis un néologisme,
une statistique aussi chancelante
que le pergélisol,
le rêve flou
d’une majorité transplantée.

Je suis une génération
qui cherche son nom à l’extérieur,
une fugue structurelle
un flux migratoire bilingue bisannuel
orbitant à l’infini
là où j’ai un semblant d’appartenance
à la terre.

Rupert,
dis-moi ce que tu as vu ici
au creux de l’hiver
et de l’été enivrant
là où les épinettes deviennent
tambours en grandissant,
là où les cours d’eau abondent et
les caribous se morfondent dans la
toundra, taïga, tempête, tuktu!

 


Dene, Inuvialuit, Gwich’in, Slavey, Cris :
infusez-moi de
votre amour pour
ce ciel en ribambelles
vertes et mauves
qui se déversent dans le Deh Cho,
ces nuits où le soleil joue avec les échos
en son aval.

Je n’étais qu’un Renard
dans une forêt Boréale.
Le lac de mon enfance échappe
au gel dans mes souvenirs
mais mes espoirs pour l’avenir
réclament un sol ferme pour grandir.

Je suis une collision entre les points cardinaux.
Ma langue cherche ses mots,
tantôt ici, tantôt ailleurs.
Qu’est-ce qui me retient,
Qu’est-ce qui m’appelle?
Je cherche mon chez moi dans l’immatériel.

Je suis un embryon ancien.
J’existe à tâtons,
au fil des saisons et des
bouts de chemin qui se croisent.
Mais je me livre à cette terre
car je suis franco-ténoise.