La Coopérative Mitiq, un moteur du développement économique local : À Sanikiluaq aux Îles Belchers

15 janvier 1999
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Depuis l'été dernier, le petit village de Sanikiluaq aux îles Belchers s'est doté d'un petit hôtel (de 7 chambres) flambant neuf pouvant loger 14 visiteurs. «On a tout construit ça avec l'argent de la sculpture», explique Dwane Searle, le gérant de la Coop Mitiq.

L'histoire que raconte Dwane vaut la peine d'être entendue. Originaire du Nouveau-Brunswick, il est arrivé ici, il y a quatre ans, sans connaissances particulières du Nord, ni des Inuit. Comme il arrive parfois dans certaines communautés, la coopérative locale végétait entre la vie et la mort. «Il n'y avait presque plus rien sur les rayons, se souvient-il. La coop n'avait que deux employés et devait plus de 400 000 $ à Arctic Coop Limited. Par ailleurs, j'ai découvert aussi pour un demi-million de comptes recevables qui étaient passés dûs depuis longtemps!»

À certains égards, Sanikiluaq peut faire penser à de nombreuses autres communautés du Nord. La majorité de ses 700 habitants a moins de 25 ans, il n'y a pas plus d'une cinquantaine d'emplois permanents, l'économie de subsistance et d'échange de la nourriture sauvage est encore très vivante, et les familles comptent sérieusement sur les revenus d'appoint de la sculpture.

Par ailleurs, Sanikiluak vit des conditions très particulières. L'inuktitut qu'on y parle s'apparente au dialecte en usage au Nouveau Québec sur la côte est de la Baie d'Hudson. Depuis des temps immémoriaux, les gens des Belchers fréquentent et se marrient avec les Inuit d'Inukjuak, d'Umiuak, de Kuujuaraapik et même de Puvurnituk au Nunavik. Mais parce que les eaux intérieures au Canada sont de juridiction fédérale, les Belchers se sont retrouvées à faire partie des Territoires du Nord-Ouest.

Or, un fonctionnaire territorial en partance d'Iqaluit, mettra deux jours avant d'atterrir ici, puisqu'il doit faire escale à Montréal pour attraper le vol d'Air inuit. Avec les restrictions budgétaires des gouvernements, il en vient de moins en moins souvent. Les gens de Sanikiluaq se sentent toujours un peu hors des circuits administratifs du gouvernement territorial.

À Sanikiluaq, on doit parfois faire face à des bizarreries administratives.

Le système d'éducation primaire et secondaire fait partie de la Commission scolaire de Baffin, tandis que les services de santé relèvent du Conseil de santé du Keewatin. En cas d'urgence, un patient ne sera pas dirigé vers les installations hospitalières de Puvurnituk au Nouveau-Quebec, ni vers Montréal ou encore moins vers Iqaluit-Ottawa, mais bien à Winnipeg qui se trouve à plus de sept heures d'avion en vol direct!

Dans ces conditions, on comprend que Sanikiluaq ne figure pas au nombre des dix sous-centres administratifs du prochain gouvernement du Nunavut. La question du dévelopement économique et de la création d'emplois s'y pose de facon cruciale.

Dwane Searle a commencé par exercer de la pression sur les mauvaises créances de la coopérative pour récupérer de la liquidité. «C'est pas toujours évident, explique-t-il, il ne faut surtout pas se mettre la communauté à dos, sinon, il n'y a plus rien à faire. Il fallait gagner la confiance du conseil d'administration. Petit à petit, on a réussi à récupérer 350 000 $ à droite et à gauche ce qui nous a permis de regarnir les étagères du magasin!»

Tranquillement, la coopérative s'est remise sur pieds jusqu'à pouvoir redistribuer des profits dans la communauté : en 1996, 40 000 $ et en 1997, 53 000 $. «Nous avons maintenant plus de trente employés sur la liste de paie,» explique fièrement Dwane.

Les affaires ont si bien marché dans les quatre dernières années que le Conseil d'administration a pu penser à de l'expansion. «Ça fait longtemps que les gens rêvaient d'un nouvel hôtel, poursuit Dwane. Tout le monde ici comprend qu'il faut construire l'économie locale et que le tourisme est une vocation naturelle pour nos îles.»

Mais d'une pierre, deux coups, en même temps que la construction d'un nouvel hôtel, la coopérative décida de réamenager l'ancien édifice qui abritait aussi sept chambres. En plus de rénover à neuf les sept chambres, on décida d'aménager un petit centre communautaire où les enfants et les adultes peuvent aller jouer au billard dans des pièces séparées et s'acheter de la nourriture à la cantine. «Ça nous a permis de créer deux nouveaux emplois, continue d'expliquer Dwane, tout en défrayant les dépenses courantes de la bâtisse. Mais le plus important, c'est d'avoir créer un centre d'activité pour les jeunes, pour les sortir de la maison.

On se retrouve aussi avec une capacité de 14 chambres d'hôtels à Sanikiluaq. Du jamais vu!»

En 1997, le marché de la sculpture inuit s'est écroulé. Pour Sanikiluaq, il s'agit d'un manque à gagner de près de 600 000 $. «Ça nous prendrait des cours de sculptures ici, commente Dwane, peut-être avec des sculpteurs de Cape Dorset pour améliorer et diversifier la production. Trop de nos sculpteurs produisent toujours la même sorte de sculptures sans trop tenter de s'améliorer, mais ils ont fini par saturer leur marché!»

Pour Dwane Searle, même si les activités de la cooperative doivent être profitables, il ne faut jamais perdre de vue les besoins de la communauté.

La coop doit donc être à l'affût de toutes possibilités de développement économique.

Seul câblodistributeur de l'île, depuis 1996, la coop diffuse maintenant près de trente chaînes de télévision dans presque toutes les maisons. D'ici quelques mois, elle mettra sur pied un service d'accès internet.

« En fait, la seule facon d'accroître notre chiffre d'affaires, conclut Dwane, c'est d'investir dans l'économie locale afin que l'argent circule ici plutôt que de ressortir aussitôt!»