Chronique littéraire : 178 secondes

03 décembre 2015
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Comment captiver l’attention d’un ado en moins de trois minutes
 

178 secondes. C’est le titre d’un roman que Katia Canciani a fait paraître en 2009 avant de devenir la prolifique auteure pour la jeunesse que nous connaissons aujourd’hui. Cet automne, les Éditions David donnent une seconde vie à ce livre en le publiant dans la superbe collection 14/18, dédiée aux adolescents. Cette nouvelle édition vient confirmer le public cible de l’œuvre, régulièrement enseignée dans les écoles secondaires et couronnée en 2010 du prix littéraire des enseignants AQPF-AQEL dans la catégorie « roman 15 ans + ».
178 secondes. C’est l’histoire de Nicola qui découvre, peu avant ses 18 ans, que sa mère a tenté de l’étouffer avec un oreiller lorsqu’il était bébé. Prenant conscience que sa famille n’a cessé de lui mentir depuis, il décide de tout quitter le jour de son anniversaire. Le sac au dos à la manière de Jack Kerouac, Nicola traversera le Canada d’est en ouest et du nord au sud afin d’établir qui il est réellement. Au long de sa quête identitaire, il découvrira les multiples visages de la francophonie canadienne, dont la famille Fortier, propriétaire d’une ferme laitière à Saint-Claude, au Manitoba; Felicity, une globetrotteuse francophile; « Jeannie de Yellowknife » (p. 213), enseignante de maternelle à Saint-Joseph, l’une des plus grosses écoles d'immersion du Nord; et finalement, Anny, ou Anjij de son vrai nom mi’kmaq, une apprentie sculpteure.
178 secondes. C’est la moyenne de temps qu’un pilote d’avion sans formation peut « espérer tenir le coup lorsque les conditions météorologiques lui ont fait perdre le contact visuel », selon un avis de Transports Canada reproduit au tout début du roman (p. 9). Comme des anges gardiens, les pilotes parsèment la route de Nicola et l’aideront à trouver « son paysage », comme l’explique Richard, un Franco-Ténois : « Oui, un jour, tu arrives quelque part et tu te dis : voilà, j’ai trouvé, j’appartiens à ce paysage. » (p. 211) Si l’aviation joue un rôle central dans le roman, c’est que Canciani s’y connaît : pilote de formation, elle a été la première femme du Cégep de Chicoutimi à obtenir son diplôme dans la spécialisation « Brousse ». L’une des forces de ce roman est d’ailleurs de déboulonner plusieurs stéréotypes sexuels et culturels.
178 secondes. C’est le temps qu’il faut, et pas une seconde de plus, pour être tout à fait captivé par ce roman, à la fois introspectif et plein d’action. La structure du livre, conçue pour nous tenir en haleine, est particulièrement bien trouvée : les chapitres proposent un décompte (le premier chapitre s’intitule « Début moins douze »; le deuxième, « Début moins onze » et ainsi de suite), jusqu’aux deux derniers, qui ont pour titre « Début » et « Fin ». Notre attention est également maintenue jusqu’à la fin grâce au style imagé et percutant de l’auteure, qui demeure néanmoins accessible.
178 secondes. C’est le roman idéal à offrir à un ado… ou à garder pour soi!
Katia Canciani, 178 secondes, roman, Ottawa, Éditions David, coll. 14/18, 2015 [2009], 274 pages, 14,95 $.

Voici un lien vers un article de L'Aquilon paru sur ce livre.