L'immersion française : 10 % des élèves sur le plan national

23 juillet 2015
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La directrice générale de Canadian Parents for French, Nicole Thibault : « On a besoin d'un leadership politique. » (Photo : Kinga Michalsk)

La directrice générale de Canadian Parents for French, Nicole Thibault : « On a besoin d'un leadership politique. » (Photo : Kinga Michalsk)

En cinq ans, la médiane des élèves inscrits à l’école d’immersion dans les provinces est passée de 8,4 à 9,9 %. Malgré la résistance des divisions scolaires et le manque de places disponibles. Quelle serait la progression s’il y avait moins d’obstacles?
Nicole Thibault ne veut pas s’aventurer à faire des projections. « C’est clair que ça continue à augmenter chaque année depuis 13 ans, explique la directrice générale de l’organisme national Canadian Parents for French. On n’a pas encore les chiffres de 2014 parce que ça prend au moins un an pour que les données des ministères soient validées. »
Mais si on répondait aux besoins et qu’il n’y avait pas d’obstacles, croit-elle, l’augmentation annuelle serait plus forte encore. « La popularité des programmes est là. Pas un parent ne se plaint, ils voient les avantages au niveau linguistique, cognitif et économique.
« Ça augmente aussi en 2015, poursuit Nicole Thibault. Il y a des situations, en Colombie-Britannique, en Alberta et en Ontario où c’est établi depuis des années. Il y a beaucoup, beaucoup de demande à cause de la mobilité : des allophones qui arrivent et des travailleurs. On a beaucoup d’inscriptions dans l’Atlantique, mais les nombres n’augmentent pas, les écoles perdent des effectifs. »
Année/ inscriptions/ taux[1]
1992 300 403 7,9 %
2000 283 544 7,9 %
2008 324 117 8,4 %
2011 352 108 9,1 %
2013 377 838 9,9 %
Cette année, les obstacles à la croissance de l’immersion ont fait les manchettes, notamment dans les villes de Vancouver, Grande Prairie, Mississauga et Winnipeg.
Dans la capitale manitobaine, trois commissions scolaires ont récemment lancé des consultations pour minimiser le dérangement au sein de quartiers où la hausse des inscriptions a un effet domino récurrent sur la vocation des écoles. Dans la Division scolaire Louis-Riel, par exemple, qui couvre le quartier de Saint-Boniface, les changements se répercuteront sur trois écoles dès septembre.
Mais les gouvernements scolaires ne sont pas tous accommodants. Le principal obstacle serait le manque de volonté politique. Dans sept provinces, des plafonds sont imposés quand au nombre de places. Dans certaines situations, on organise des loteries; ailleurs, des parents passent la nuit en ligne pour inscrire leur enfant.
« Si on faisait une planification à long terme, signale Nicole Thibault, on verrait la demande et on mettrait plus de programmes en place. Les mécanismes existent à l’interne pour faire ce genre de sondage. Ce qu’on a besoin, c’est d’un leadership pour donner aux familles les avantages qu’ils demandent.
La résistance vient de syndicats qui craignent la perte des postes acquis. Elle vient aussi de parents qui veulent protéger leur école de quartier et de commissaires qui veulent éviter de voir les parents se monter les uns contre les autres. Le défi du financement est également bien réel, souligne la directrice générale.
« L’enseignement du français langue première en milieu minoritaire reçoit un appui fédéral[2]. Ce soutien n’existe pas pour le français langue seconde. Le financement de l’immersion vient du budget provincial. Ça revient à nos membres, à des groupes de personnes ayant des valeurs communes de mettre des pressions sur les gouvernements. »
CPF reçoit aussi l’appui stratégique du commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, qui a rappelé en mai devant le Comité sénatorial des langues officielles l’importance de la langue seconde.
« Le succès de nos programmes d’immersion n’est limité que par les ressources que les gouvernements consentent à leur accorder. L’immersion francophone est l’une des expériences éducatives les mieux réussies de l’histoire du Canada.
« On dit qu’il s’agit du programme le plus populaire jamais répertorié dans la littérature sur l’enseignement des langues. Nous célèbrerons l’an prochain le 50e anniversaire du premier programme d’immersion qui a été instauré à Saint-Lambert, au Québec. »

[1] Le taux n’est pas une moyenne nationale par rapport au total du nombre d’élèves, mais la médiane des inscriptions dans les provinces et territoires. L’Ontario compte le plus grand nombre d’inscriptions en immersion (175 000) par rapport à l’ensemble des autres provinces et territoires (203 000).
[2] En 2013, quelque 155 000 inscriptions étaient enregistrées dans les écoles françaises au pays, comparativement aux 378 000 inscriptions en immersion française.