Opérations minières : Une ombre plane au-dessus des travailleurs des TNO

05 novembre 2009
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Les employés de la mine Sigma-Lamaque au Québec sont impayés depuis le mois de juillet 2008. La compagnie Century mining qui opèrent cette mine attend le bon moment pour investir aux TNO.

 

Michel St-Yves, secrétaire du syndicat des employés des Mines Sigma au Québec confie à L’Aquilon que la compagnie Century Mining « a épluché ses hommes! ». Après avoir été mis à pied, il y a maintenant quinze mois, 140 employés à Val d’Or n’ont pas reçu tout leur dû : 350 000 $ en salaire pour un montant total de 1,5 million de dollars en comptant les préavis de licenciement. Selon M. St-Yves, mois après mois, leur employeur les rassurait et leur promettait leur argent pour le mois suivant. « Au début octobre, ils ont fait rentrer des opérateurs pour les foreuses, et depuis le lundi16, nous faisons un blocus devant l’entrée de la mine. Mais les opérateurs ont plusieurs endroits où ils peuvent rentrer et sortir, on ne peut pas les arrêter. Century Mining n’a pas d’argent pour nous payer, mais ils en ont pour continuer à driller », s’emporte-t-il.

La semaine dernière, les employés ont encore fait face à de nombreux reports de paiement. La direction de la compagnie Century Mining qui leur avait promis de les payer le vendredi 23 octobre leur a annoncé qu’elle signerait leurs chèques le vendredi 30 octobre. Finalement, c’est le mardi 3 novembre que les anciens travailleurs de Sigma-Lamaque ont reçu leurs salaires. « Nous avons reçu 300 000 dollars cette semaine, mais il manque encore les assurances, les congés, les préavis de licenciement, les Fons de pensions et l’épargne annuelle. Nous sommes contents oui pis non, car on ne nous enlèvera pas ce qu’on vient de recevoir, mais il en manque encore! », clame Michel St-Yves.

 

Une longue expérience

La minière Century Mining est une compagnie États-unienne qui opère des sites aurifères au Canada et au Pérou. Dans une entrevue avec le magazine Business Edge en 2006, la présidente et directrice générale Margaret Kent explique les activités de sa petite société minière. « Nous voulons acheter des [sites] qui ont déjà été trouvés, ou acheter des [sites] avec un potentiel important. Nous voulons développer, construire et opérer [les sites]. Nous sommes un groupe de personnes qui possèdent toutes une expérience approfondie des grandes compagnies. Mais nous opérons dans la cour des petites compagnies maintenant », est-elle citée.

Plus précisément, Margaret Kent est très connue dans le secteur minier. Auparavant elle s’appelait Peggy Witte et dirigeait la défunte Royal Oak Mine connue aux TNO pour avoir opéré la mine Giant de Yellowknife et n’avoir pas su résoudre un conflit de travail qui s’est tragiquement soldé par la mort de neuf briseurs de grève lors d’un attentat à la bombe perpétré sur le site en 1992.

Aujourd’hui, Mme Kent est également la présidente d’une compagnie jumelle à la Century Mining Corp : Tamerlanes Ventures Inc. Jumelle car trois des cinq directeurs de Century forment le bureau de direction de Tamerlanes. Mme Kent, Ross Burns, le premier partenaire d’affaire de Peggy Witte en 1986, et William Sheridan. Pour la compagnie Tamerlanes qui se préoccupe davantage du Zinc que de l’or, c’est Ross Burns le directeur général qui gère la société avec Brent Jones administrateur des relations avec les investisseurs des deux compagnies.

 

Aux TNO

Tamerlanes Ventures est implanté à Hay River où elle attend un investissement de 1,5 million de dollars pour redémarrer la mine de Pine Point qui a déjà obtenu les permis nécessaires pour raviver le site minier de Zinc et Plomb le plus prolifique de l’histoire du Canada. D’après Ross Burns, « plus rien ne se passe à Hay River pour l’instant. Nous attendons la remontée du prix du Zinc. Il faut que le Zinc se stabilise au-dessus de 90 cents la livre pour au moins trois mois pour que les banques soient rassurées ». Chose probable si l’on se fie à la tendance du marché actuel et de certains analystes qui clame la remontée en bourse de l’indice du Zinc.

Pour Century Mining, ce sont des filons d’or acquis, il y a quelques années en bordure de la ville de Yellowknife, qui attendent l’investissement approprié pour débuter les études de faisabilité.

Avec les événements actuels de la mine Sigma-Lamaque, Jean-François Des Lauriers, le vice-président exécutif de la région Nord de l’Alliance de la Fonction publique du Canada est mal à l’aise avec le retour de Mme Kent sur les terres ténoises. « Aux TNO, les syndicats partagent un passé difficile avec Margaret Kent, convient-il. Il est important que les personnes qui considèrent aller travailler avec l’une de ces compagnies pensent à la syndicalisation pour être en mesure de négocier d’égal à égal avec cet employeur qui a la réputation de ne pas respecter le droit des ouvriers et ouvrières. » M. Des Lauriers ajoute qu’il est abasourdi de voir que le gouvernement territorial n’intervienne pas pour empêcher Mme Kent de revenir dans le secteur des mines aux TNO.

Pourtant, peu d’options sont offertes au GTNO, même s’il voudrait influencer les opérations d’une telle ou telle société minière. La réalité étant que c’est au ministère des Affaires indiennes et du Nord (AINC) que revient la responsabilité de gérer ces dossiers. Le gouvernement fédéral supporte le développement des ressources naturelles effectué de façon responsable et durable. C’est-à-dire que l’AINC base ses jugements sur les conditions environnementales d’un projet et non sur la compagnie qui les dirige.

La députée de Hay River Sud, Jane Groenewegen a détaillé en entrevue, qu’elle n’avait pas vraiment peur du retour de Margaret Kent dans le Nord. « Nous avons des standards de travail bien établis et des organismes de défense des droits de la personne pour nous assurer que les travailleurs soient bien traités. Nous avons appris avec le temps et le gouvernement fédéral aussi. Maintenant nous nous assurons que de l’argent soit déposé comme le stipule la loi sur l’assainissement des sites miniers », explique-t-elle.

Au Québec, M. St-Yves a révélé qu’il ne travaillerait plus à la mine Sigma-Lamaque. Dégouté de cette expérience avec la compagnie Century, il donne quelques conseils aux futurs employés de la minière. « Assurez-vous de recevoir votre paye en dépôt direct! Nous devions aller chercher notre salaire à la guérite comme dans les années 30. L’avantage pour la compagnie c’est qu’elle n’a pas besoin de déposer les salaires à l’avance. Assurez-vous aussi, que les payes ne soient pas décalées de deux semaines et qu’ils ne vous payent pas un mois après le début de votre contrat. » Pour ce secrétaire du Syndicat, Century sont des menteurs et il jette le blâme sur la direction aux États-Unis défendant la direction de Val-d’Or qui d’après lui n’avait pas de mot à dire contre les lois du marché.