Arts : Une œuvre colossale pour un peuple plus grand que nature

23 juillet 2009
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Le sculpteur T-Bo passe à la ponceuse une des trois plaques d'acier qui constituera l'oeuvre Unis dans la célébration. La sculpture de trois mètres et demi de hauteur sera installée au centre-ville de Yellowknife. À l'avant-plan: une maquette donne un avant-goût du projet à finir. (photo: Batiste Foisy)

Le sculpteur T-Bo passe à la ponceuse une des trois plaques d'acier qui constituera l'oeuvre Unis dans la célébration. La sculpture de trois mètres et demi de hauteur sera installée au centre-ville de Yellowknife. À l'avant-plan: une maquette donne un avant-goût du projet à finir. (photo: Batiste Foisy)

Bouillant, passionné, désinvolte, le sculpteur François « T-Bo » Thibault réalise l'œuvre la plus importante de sa carrière.

Ces dernières années, le sculpteur et joaillier François Thibault s'est surtout illustré par la confection de très petites pièces. Boucles d'oreille, pendentifs, broches, rien qui ne tienne dans le creux d'une main.

Alors, en général, avant de pénétrer dans l'atelier de T-Bo, le reporter que je suis avait plutôt l'habitude de préparer la lentille macro. Pas cette fois-ci. « Ils pèsent deux tonnes chacun », précise-t-il, en désignant trois joueurs de tambour d'acier de trois mètres et demi de hauteur couchés sur des remorques. « Debouts, ils tiennent sur une patte d'un pouce et demi. Pas évident. »

De l'aveu même de l'artiste, la pièce Unis dans la célébration est l'ouvrage le plus important de T-Bo, en 28 ans de carrière artistique.

« J'ai toujours voulu en faire une grosse pour le centre-ville de Yellowknife, parce qu'on a besoin de pièces qui ont de l'impact », explique le Franco-Ontarien établi aux Territoires du Nord-Ouest depuis son adolescence.

L'occasion est venue quand la ville de Yellowknife a décidé d'aménager un nouveau parc public sur les ruines de l'ancien aréna Gerry Murphy. Alors qu'il observe l'ossature du parc prendre forme, il remarque un espace rond bétonné qui s'avance comme une péninsule au-dessus du lac Frame, à l'évidence, la base d'un futur objet d'art.

« Je suis allé à la mairie, j'ai dit à Gordon [Van Tighem, le maire]:coudonc, Gord, ils font quoi avec ça? Il me répond: je pense qu'ils veulent mettre la torche des Arctic Winter Games pis un corbeau fibre de verre. » Il lève les yeux au ciel. « Ils font une base pour une sculpture, pis ils vont faire une flash-light avec un canard en plastique! J'étais pas content. »

Entêté, T-Bo, convainc le maire de Yellowknife qu'il peut faire mieux que ça et ressort de ses tiroirs la maquette d'un projet vieux de quinze ans représentant un danseur. Après quelques remaniements, le design est corrigé et la ville accepte de fournir l'espace et la base de béton en guise de commandite. Le rêve devient réalité.

Bien que l'installation de l'œuvre d'art public tombe pile pour le 75e anniversaire de la ville de Yellowknife, en la réalisant, l'artiste avait en tête une vision qui débordait des limites de la seule capitale. « C'est un hommage pour le peuple du Nord », lance-t-il fièrement.

« C'est une pièce pour tout le monde, poursuit-il. Mes danseurs, ce ne sont pas des hommes ou des femmes, ce ne sont pas des Dénés, des Inuits ou des francophones; c'est tout le monde. Tout le monde peut se reconnaître là-dedans. C'est nous que ça célèbre. » Il appuie fort sur le nous, comme pour inclure le plus de monde possible dedans.

Supporter les arts publics

Surtout, T-Bo, veux laisser un héritage à la communauté artistique des Territoires du Nord-Ouest qui doit souvent tirer le diable par la queue pour continuer de créer.

« Mon projet, c'est de faire installer des plaques tout le long du trottoir qui mène jusqu'à la sculpture. Les gens pourraient les acheter et on inscrirait leurs noms dessus. L'argent servirait à créer un fonds pour les arts publics. C'est de l'argent qui pourrait être utilisé pour payer des artistes pour créer des œuvres. Si chaque année on peut commander une œuvre d'un artiste professionnel, dans 10 ans, on va en avoir de l'art. »

Parlant de supporter les arts, François Thibault est présentement à la recherche de commanditaires pour son mastodonte de projet, dont il assume jusqu'à présent les coûts.

"J'ai fermé ma shop en ville pour faire ça. Ça fait un an que je suis là-dessus à temps plein. Les heures, je les compte plus."

Gageons qu'il va se mettre à les décompter bientôt. Si tout va bien, le dévoilement d'Unis dans la célébration devrait avoir lieu pour le 3 octobre.