Manifestation : Qui veut privatiser la Société d’énergie?

04 juin 2009
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Une offre de fusion avec l’albertaine ATCO fait craindre le pire aux tenants du régime public.

Une cinquantaine de membres du Syndicat des travailleurs et travailleuses du Nord se sont rassemblés sur le parvis de l’Assemblée législative, le 29 mai, pour dénoncer ce qu’ils percevaient comme une tentative à peine voilée de privatiser la Société d’énergie des TNO.

Au cri de « Power to the people! [intraduisible] », les manifestants ont réclamé le maintien de la Société d’énergie dans le giron public. Les organisateurs s’inquiètent que l’examen récent des activités de la société d’État se solde par une proposition de privatisation.

« Ce sont [la commission de révision] trois panélistes qui viennent du secteur privé et qui ont exprimé ouvertement qu’une des options qu’ils envisagent, c’est la privatisation de la Société. Alors c’est assez clair, affirme le syndicaliste Jean-François Deslauriers. […] Pour moi, c’est un panel qui a reçu le mandat de démontrer que l’option la plus viable pour la Société d’énergie, c’est de la privatiser. »

La révision, qui s’est terminée le 29 mai, avait pour objectif de maximiser l’efficacité de la prestation des services d’électricité aux Territoires. Les consultants Mark Cleveland, Doug Matthews, et Gerry Forrest l’ont menée. Leurs conclusions n’ont pas encore été rendues publiques.

Les craintes du syndicat sont exacerbées par le dépôt, en janvier, par la société privée ATCO, d’une offre non sollicitée de « fusion » avec la Société d’énergie des TNO. La compagnie basée à Calgary dessert déjà en électricité une bonne part des ménages ténois via sa filiale Northland Utilities.

Pour Deslauriers, cette offre est une menace à la propriété collective de la Société d’énergie. « L’offre d’ATCO est sur la table et elle aura préséance sur tout ce que le public pourra en dire, à moins qu’on affirme très clairement aux politiciens que leurs sièges sont en jeu », a lancé le syndicaliste à la foule survoltée.

En chambre, lundi, le premier ministre Floyd Roland, également ministre responsable de la Société d’énergie, a indiqué que la proposition d’ATCO était présentement « étudiée », mais qu’aucune décision n’était prise.

« La discussion a eu lieu. Il s’agit d’une approche de partenariat. Mais il y a encore bien du travail à accomplir avant de [prendre une décision]», a dit Floyd Roland.

La députée de Hay River Sud, Jane Groenewegen, qui a rencontré des représentants d’ATCO récemment, s’est montrée intéressée par la proposition. « Il incombe au gouvernement d’explorer les occasions d’affaires et le potentiel d’un partenariat avec une organisation qui a beaucoup plus d’argent à dépenser dans le développement du secteur énergétique que nous», a-t-elle soutenu lundi. Selon elle, fusion n’égale pas privatisation.

Or, le député de Great Slave, Glen Abernethy, n’y voit, lui, rien de moins qu’une offre d’achat. «Je ne crois pas qu’il faille vendre la Société d’énergie», a déclaré celui qui se dit solidaire de la position défendue par le Syndicat des travailleurs et travailleuses du Nord.

Le premier ministre a promis que la chambre en entier votera pour déterminer « quelle sera la prochaine étape ». Il espère que l’examen de la proposition d’ATCO soit complété d’ici septembre.

Facture d’électricité

Avec des factures énergétiques fracassant la barre des 5000$ par ménage annuellement, la recherche du meilleur tarif pour les consommateurs est au cœur du débat.

À cet égard, la proposition d’ATCO « pourrait véritablement être dans le meilleur intérêt des consommateurs », a soutenu Jane Groenewegen.

Balivernes, rétorque Jean-François Deslauriers, qui cite de nombreux exemples de privatisation de service d’électricité qui ont fait augmenter les frais des usagers : Yukon, Saskatchewan, Nouvelle-Écosse, États-Unis. « Non-seulement la facture ne diminue pas, mais l’on constate qu’elle augmente, dit-il. En Nouvelle-Écosse la privatisation du service d’électricité a été si terrible, qu’il a fallu que le gouvernement rachète la Société d’énergie. »

Deslauriers ajoute que la privatisation couperait le gouvernement de revenus tirés de la vente d’électricité. Pas si sûr. L’an dernier, la Société d’énergie n’a pas généré de profits; elle a terminé l’exercice financier avec un manque à gagner de 100 000$.

Dans le plus récent exercice budgétaire, le gouvernement anticipait le même scénario encore cette année.