Projet de pipeline : Les Américains ont soif de gaz

25 juin 2009
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Le ministre de l’Industrie, Bob McLeod, fait un tour à Washington pour mousser le pipeline du Mackenzie. Il réclame de l’action de la part d’Ottawa.

Le marché américain est capable de supporter deux gazoducs nordiques, mais le Canada doit tout mettre en œuvre pour devancer le projet transalaskien s’il veut tirer son épingle du jeu. C’est le message qu’avait à livrer le ministre de l’Industrie, du Tourisme et de l’Investissement des TNO, Bob McLeod, qui a effectué une tournée à Washington cette semaine.

« De ce que j’entends dans chacune des rencontres que j’ai eues, ici, le marché est capable de supporter deux gazoducs, a-t-il dit lors d’une conférence téléphonique avec les médias nordiques. La demande est là. Mais il faut que le gazoduc du Mackenzie soit complété en premier. »

Dans l’éventualité que le gazoduc transalaskien aboutisse en premier – ce qui n’est pas le scénario envisagé par l’industrie jusqu’à présent – la pertinence immédiate du projet Mackenzie pourrait être remise en question, estime le ministre.

« Les réserves gazières en Alaska sont si colossales que [la construction du gazoduc transalaskien], fera baisser le prix du gaz. Alors, cela pourrait grandement retarder la construction du projet Mackenzie », analyse-t-il.

En dépit de nombreuses accusations de lambinage quant à l’avancement du projet de gazoduc ténois, le projet Mackenzie conserve une bonne longueur d’avance sur le projet américain. Cinq ententes sur six entre premières nations et industrie ont été conclues et la Commission d’examen conjoint doit rendre sont rapport sur l’évaluation environnementale et sociale du projet avant la fin de l’année en cour.

À ce moment-ci, les promoteurs des deux projets de gazoduc planifient que le projet Mackenzie soit complété en 2014 et que le gazoduc transalaskien suive en 2016.

 

Obama pro-pipeline

Surtout, le ministre McLeod constate que l’appui au projet transalaskien est fort dans la classe politique américaine.

« La nouvelle administration Obama est favorable au pipeline », ose-t-il, en ajoutant du même souffle que chacune des personnes rencontrées au courant de cette tournée américaine appuie le projet de gazoduc transalaskien.

D’après McLeod, le gouvernement américain serait sur le point d’offrir des garanties de prêts de l’ordre de 40 milliards de dollars aux promoteurs du projet transalaskien pour en assurer la mise en chantier. Le ministre estime qu’Ottawa doit à son tour mettre l’épaule à la roue pour ne pas se faire doubler par les États-Unis.

Pour mieux faire passer son message auprès de ses homologues fédéraux, McLeod multiplie les métaphores sportives. « Nous avons besoin d’un nouveau plan de match. On doit jouer sur le même terrain. Il faut que nous soyons de calibre pour nous mesurer aux Américains », dit-il.

Mais quand on lui demande s’il a des exigences précises à formuler à l’administration Harper, le ministre de l’Industrie reste dans le flou. « Nous voulons que le gouvernement fédéral prenne les mesures nécessaires, quelles qu’elles soient », offre-t-il comme réponse.

Il précise tout de même que, si des garanties de prêts ne sont « pas nécessairement ce que nous demandons », elles semblent faire le bonheur de l’industrie chez nos voisins du sud.

Le gouvernement fédéral et le principal promoteur du projet Mackenzie, la pétrolière Impériale, négocient depuis quelques années déjà une entente de nature fiscale en appui au gazoduc ténois. À ce jour, les deux parties ne sont toujours pas arrivées à un terrain d’entente et la nature des offres et contre-offres n’a jamais été rendue publique.

 

Énergie verte

Avec une administration Obama qui a promis de contribuer à la lutte aux changements climatiques, le ministre estime que le momentum est bon pour mousser le développement du gaz naturel, qu’il considère comme une énergie verte.

« Nous avons promu le gaz de l’Arctique comme un carburant propre », affirme le ministre.

Quant à la possibilité maintes fois répétée par les écologistes que le gaz de la région de Beaufort-Delta contribue essentiellement à la croissance de l’industrie très polluante des sables bitumineux albertains, Bob McLeod la rejette du revers de la main.

« Mon avis est que la totalité du gaz du Mackenzie sera acheminée aux marchés américains – ou en tout cas la majeure partie le sera, dit-il. […] L’accroissement de la production de pétrole provenant des sables bitumineux se fera avec ou sans le gazoduc du Mackenzie. »

En 2004, un porte-parole de la pétrolière Impériale avait indiqué à L’Aquilon qu’il était probable qu’une bonne partie du gaz naturel des TNO soit vendue à l’industrie des sables bitumineux. L’industrie a depuis changé son discours sur la question.

 

Nunakput

Le ministre McLeod était accompagné dans sa tournée du député de Nunakput Jackie Jacobson. Ce dernier a essentiellement la même lecture des rencontres que le ministre.

« Les deux pipelines sont nécessaires, dit-il. C’est ce que nous avons entendu de la bouche de chaque sénateur que nous avons rencontré. »

Il estime que le projet aura des effets bénéfiques pour sa circonscription qui comprend notamment la collectivité de Tuktoyaktuk. Comme bienfaits, il cite au premier chef la création d’emplois et le développement des infrastructures.

« Nous avons passé au travers de deux booms gaziers. Nous comptons bien profiter de celui qui s’en vient », affirme le député de Nunakput.